Montée des préjugés chez les jeunes : l’Europe sait-elle encore faire société ?

Article – 15 juillet 2026
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6 min.

Antisémitisme, islamophobie, racisme anti-migrants : partout en Europe, les discours de rejet gagnent en visibilité. Les jeunes sont-ils réellement plus intolérants que leurs aînés ? Entre réseaux sociaux, inquiétudes face à l’avenir et défiance envers les institutions, l’enjeu est autant éducatif que démocratique.

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© SOS Racisme

Des préjugés amplifiés par les algorithmes

Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la diffusion des discours de haine. « Les enfants et les jeunes sont exposés à des préjugés qui circulent extrêmement vite sur les plateformes », observe Cynthia Jonqua, chargée de mission éducation populaire à SOS Racisme.

Les algorithmes privilégient les contenus qui suscitent des réactions fortes. Une publication choquante, complotiste ou polémique génère plus d’interactions et est donc davantage diffusée. « Beaucoup de jeunes pensent signaler un contenu en le commentant ou en le partageant pour alerter, mais l’algorithme l’interprète comme un signe d’intérêt et le pousse encore davantage », explique-t-elle.

Une spirale s’installe : plus un utilisateur interagit avec certains contenus, plus son fil d’actualité en propose de similaires, parfois plus radicaux. Les contenus masculinistes, racistes, xénophobes ou antisémites trouvent ainsi des espaces de diffusion efficaces.

S’ajoutent les dog whistles, ces messages codés (mots détournés, références implicites) diffusant des idées discriminatoires sans les formuler explicitement. Ils permettent de contourner les règles de modération et les lois encadrant la haine en ligne tout en maintenant la circulation de discours de rejet.

Une jeunesse plus ouverte mais plus exposée

Les sociétés européennes ont progressé sur les droits et les discriminations, mais les discours de rejet restent très visibles en ligne.

Pour Cynthia Jonqua, « la jeunesse n’est pas moins tolérante, ce sont les modes de circulation des préjugés qui ont changé ». Dans les ateliers de SOS Racisme, les propos discriminatoires relèvent souvent de la répétition plus que de convictions : les jeunes reprennent ce qu’ils voient sans toujours en mesurer la portée.

Ces discours sont renforcés lorsqu’ils sont relayés voire instrumentalisés par des personnes en position d’autorité (responsables politiques ou médiatiques, influenceurs), ce qui brouille la frontière entre information, opinion et stigmatisation.

Dans un contexte anxiogène (guerres, climat, économie), les discours simplistes pointant des responsables trouvent un écho. Certains chercheurs parlent de backlash, un contrecoup conservateur lié aux progrès sociaux.

L’école face à des sujets sensibles

Les enseignants sont en première ligne mais hésitent parfois à aborder ces sujets. « Beaucoup ne savent pas comment en parler sans être accusés de prendre position politiquement », note Cynthia Jonqua.

Ce silence n’est pas sans conséquence. Les jeunes s’interrogent et cherchent leurs réponses ailleurs, souvent sur les réseaux sociaux. Or, faute d’accompagnement, ils peuvent se retrouver confrontés à des contenus biaisés ou partisans sans disposer des outils nécessaires pour les décrypter.

Pour la militante, « la réponse passe par la création d’espaces de discussion où les faits peuvent être expliqués, contextualisés et débattus sereinement. Faire dialoguer des jeunes de différents territoires, pays ou milieux sociaux est essentiel pour déconstruire les préjugés. » rappelle-t-elle. Programmes d’éducation aux médias, coopération avec les plateformes numériques, lutte contre la désinformation, interventions associatives : des initiatives existent déjà partout en Europe. Mais les acteurs de terrain jugent les moyens insuffisants.

Une crise de confiance plus large

Au-delà des préjugés, les éducateurs constatent une défiance croissante envers les institutions. « Comment parler de paix quand les jeunes ont le sentiment que la loi du plus fort domine ? », interroge Cynthia Jonqua.

Les conflits internationaux, les débats sur l’immigration ou les atteintes au droit international alimentent ce sentiment d’incohérence. Les jeunes ne sont pas déconnectés de l’actualité. Ils s’informent, connaissent les contextes historiques et géopolitiques. Beaucoup questionnent l’écart entre les valeurs de solidarité, d’égalité ou de fraternité affichées par les démocraties européennes et certaines réalités observées sur la scène internationale.

Cela complique le travail éducatif. Car transmettre une culture de paix suppose aussi que les institutions apparaissent crédibles et cohérentes. Elles doivent donc être au rendez-vous de leurs engagements afin de restaurer la confiance des jeunes citoyen·nes.

Un défi démocratique

La montée des discours de haine ne traduit pas une génération plus intolérante, mais une jeunesse surexposée à des contenus polarisants, confrontée à de fortes incertitudes et en quête de repères.

Face à ce défi européen, l’éducation aux médias, l’esprit critique, l’empathie, la coopération et le dialogue apparaissent comme des leviers essentiels pour renforcer la cohésion démocratique.

Une semaine pour agir contre le racisme

Chaque année, autour du 21 mars, Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, SOS Racisme se mobilise dans le cadre de la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme.

Avec des établissements scolaires, structures de jeunesse et associations partenaires, l’organisation propose ciné-débats, ateliers, théâtre-forum, expositions, fresques et escape games antiracistes. Autant d’outils pour sensibiliser les jeunes, déconstruire les préjugés et ouvrir des espaces de dialogue autour des discriminations.