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En Haute-Saône, un séjour d’équithérapie construit à partir des besoins des enfants avec TSA

Article – 5 octobre 2026
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11 min.

Depuis plusieurs années, les Francas de Haute-Saône font évoluer leurs pratiques pour mieux accueillir les enfants en situation de handicap dans leurs séjours. De cette expérience est né un projet spécifique : un séjour d’équithérapie destiné à des enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme (TSA). Expérimenté en 2025 puis reconduit en 2026, le dispositif associe vacances collectives, médiation équine et accompagnement individualisé. Avec une ambition : permettre à ces enfants de partir en vacances comme les autres, dans un cadre adapté à leurs besoins.

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Une réflexion née de l’expérience

« Depuis la création de nos séjours d’été, nous avons toujours souhaité accueillir des enfants présentant différents types de handicap », explique Frédéric Duhamel, animateur départemental aux Francas de Haute-Saône. Au fil des années, les équipes ont ainsi appris à adapter les espaces, les activités, l’organisation de la vie quotidienne et l’accompagnement, en lien avec les familles.

Le travail mené dans le cadre du DAR (Dispositif d’Auto-Régulation) a renforcé cette réflexion. Destiné à des enfants ayant des besoins éducatifs particuliers, le dispositif repose sur une approche pluridisciplinaire associant enseignants, animateurs, psychologues, éducateurs et familles. Chacun apporte ses observations pour mieux comprendre les besoins de l’enfant et adapter son environnement.

L’autorégulation désigne ici la capacité à gérer son attention, ses émotions et ses comportements afin de pouvoir participer aux apprentissages et à la vie collective. Pour les Francas, cette approche a progressivement dépassé le cadre scolaire : elle a conduit les équipes à s’interroger sur les conditions nécessaires pour qu’un enfant puisse réellement trouver sa place dans un séjour de vacances.

Car pour certains enfants présentant un TSA, la vie en collectivité peut représenter un défi important. Enchaînement des activités, changements de lieux, stimulations sensorielles, fatigue ou interactions sociales peuvent rendre difficile la participation à un séjour pourtant souhaité par l’enfant et sa famille.

Cette réalité a conduit les Francas de Haute-Saône à renforcer leur collaboration avec le CREA, Centre Ressources Enfance et Adolescence rattaché à l’Adapei du Territoire de Belfort. « L’expertise du CREA nous permet de mieux prendre en compte les besoins spécifiques de ces enfants et de coconstruire des conditions d’accueil adaptées », souligne Frédéric Duhamel.

Le partenariat s’est construit progressivement. Plusieurs enfants accueillis dans les séjours des Francas étaient déjà accompagnés par le CREA. Le rapprochement s’est notamment renforcé après l’accueil d’un enfant porteur de trisomie : satisfaite de l’expérience vécue par son fils, sa mère a encouragé d’autres familles à inscrire leur enfant. Ces expériences partagées ont amené les deux structures à formaliser leur collaboration en 2019.

Les bilans ont alors fait apparaître une autre limite : les enfants en situation de handicap étaient parfois les seuls de leur catégorie au sein des séjours et disposaient de peu d’occasions de créer des liens avec les autres participants. En 2022, les Francas et le CREA ont donc franchi une nouvelle étape avec un séjour inclusif réunissant six enfants accompagnés par l’IME (Institut médico-éducatif) au sein d’un groupe de 24 enfants.

Du séjour inclusif à l’équithérapie

Cette expérience a ouvert une nouvelle réflexion : comment permettre à des enfants avec TSA de partir plusieurs jours loin de leur domicile, de vivre une véritable expérience collective et de gagner en autonomie, tout en offrant à leurs familles un temps de répit ?

L’idée d’un séjour autour de la médiation équine émerge dès 2023. Elle répond notamment aux besoins repérés auprès des enfants accompagnés par le DAR de Lure.

Le choix du cheval s’appuie également sur l’expérience personnelle et professionnelle de Frédéric Duhamel, titulaire d’un Brevet d’État d’Équitation avec une option Handisport et ancien professionnel auprès d’enfants et d’adultes issus notamment des IME et de l’ADAPEI du Doubs : « J’ai pu constater directement l’intérêt du cheval comme support de relation et d’accompagnement » raconte-t-il, et de continuer « au cours de mes années en tant que directeur de centres de vacances, j’ ai également pu observer les effets positifs de la présence et de la relation avec les animaux auprès d’enfants en situation de handicap, mais aussi auprès d’enfants présentant des troubles du comportement ou des difficultés relationnelles. ». Ces expériences ont progressivement conforté la conviction que le cheval pouvait constituer un véritable outil au service du développement et de l’épanouissement des enfants.

L’équithérapie ne se résume pourtant pas à monter à cheval. Les enfants découvrent les poneys, les pansent, les promènent, observent leurs réactions et participent à différentes activités autour des sensations, de la communication et des émotions. Le cheval permet aussi d’adapter les activités au rythme et aux sensibilités de chacun, tout en créant des situations propices à l’échange et à la vie collective. La présence de l’animal offre un autre support pour entrer en relation. Elle permet également de proposer des situations où l’enfant peut faire un choix, prendre une initiative, expérimenter et mesurer ses progrès.

La première édition du séjour se déroule en juillet 2025 pendant quatre jours, sous la forme d’un séjour de vacances. La période a été choisie pour favoriser la disponibilité des enfants, des familles et des professionnels qui les accompagnent. Cette expérimentation a permis d’observer les besoins des participants, d’évaluer l’organisation et de repérer les adaptations à apporter.

En 2026, le séjour a été reconduit sur cinq jours et quatre nuits, avec huit enfants. Les enseignements de la première édition ont directement nourri sa préparation : temps d’activité raccourcis, pauses plus fréquentes, petits groupes et possibilité de rejoindre un espace calme.

Le projet s’est construit au fil de ces observations et des échanges entre les différents acteurs. Chaque étape a permis d’ajuster la suivante, avec une même priorité : partir des besoins des enfants plutôt que d’un modèle de séjour préétabli.

Une coopération à plusieurs voix

Le projet repose sur la complémentarité de trois acteurs. Les Francas de Haute-Saône assurent l’organisation du séjour, l’animation et la vie quotidienne. Leur expérience des accueils collectifs de mineurs constitue le socle du projet.

Le CREA intervient en amont et pendant la préparation du séjour. Son expertise permet de mieux identifier les besoins des enfants, de préparer leur arrivée et d’accompagner les équipes dans leurs adaptations. Les échanges avec les familles et les professionnels qui suivent habituellement les enfants permettent également de transmettre les informations nécessaires et de partager les bilans.

TEKKI intervient quant à lui sur le volet de médiation équine. Le partenariat s’est construit autour d’une relation déjà établie avec Frédéric Duhamel, qui connaissait une équithérapeute de la structure dans le cadre de ses activités équestres. « Nous échangions depuis plusieurs années sur la possibilité de construire un partenariat autour de la médiation équine et de l’accueil d’enfants en situation de handicap », raconte l’animateur départemental.

Pour cette première expérimentation, TEKKI a contribué à construire les séances en fonction du profil des enfants et proposé un tarif associatif. Une condition qui a facilité la mise en œuvre du premier séjour. Son réseau de centres équestres, où interviennent déjà des équithérapeutes, a également simplifié l’organisation.

Les familles constituent enfin un maillon essentiel du dispositif. Leur connaissance des habitudes, des modes de communication et des besoins de leur enfant vient compléter les observations des professionnels.

Cette préparation se traduit concrètement par plusieurs outils. Un livret de séjour, conçu avec le CREA, présente aux enfants et aux familles le lieu, les professionnels, les participants et le déroulement des journées. Des fiches individuelles permettent à l’équipe de connaître les habitudes et besoins de chacun. Sur place, emplois du temps visuels, pictogrammes et codes couleur donnent aux enfants des repères sur les différentes étapes de la journée.

L’objectif n’est pas de tout prévoir à leur place, mais de rendre l’environnement suffisamment lisible pour leur permettre d’y évoluer avec davantage d’autonomie.

Des vacances, pas seulement un dispositif adapté

Si les poneys donnent au séjour sa singularité, ils n’en constituent pas l’unique programme. Jeux, musique, repas, temps libres, activités collectives et découverte du lieu d’hébergement occupent une place importante dans les journées.

En 2026, les huit participants ont progressivement pris leurs repères, investi les espaces et participé à la vie collective. Pour certains, dormir plusieurs nuits loin de leur famille représente déjà une étape importante.

Les souvenirs rapportés par les enfants témoignent d’ailleurs de cette dimension ordinaire du séjour : les poneys, les copains, la chambre, les jeux ou la musique. C’est précisément ce que cherchent les Francas : permettre aux enfants de vivre une expérience de vacances, et pas uniquement de bénéficier d’un dispositif conçu autour de leurs difficultés.

Des effets qui dépassent le séjour

Le bilan de cette deuxième édition est jugé très positif par les équipes. Les enfants se sont rapidement appropriés les lieux et les repères, ont participé aux activités, passé plusieurs nuits sur place et noué des relations avec les adultes comme avec les autres participants.

Pour le directeur du CREA, la progression observée chez certains enfants en quelques jours est particulièrement significative. Selon lui, certaines évolutions relationnelles constatées pendant le séjour peuvent dépasser ce qui est habituellement obtenu en plusieurs mois dans le cadre de l’accompagnement quotidien.

Un exemple illustre cette évolution : un enfant présentant un TSA, jusque-là habitué à dormir dans le lit de sa mère, a réussi à passer plusieurs nuits hors de son domicile, dans un environnement inconnu et en collectivité. Il a également progressivement trouvé sa place dans le groupe et noué des relations avec les autres enfants.

Du côté des familles, les retours sont également encourageants. Plusieurs enfants ont exprimé leur souhait de revenir. Les parents soulignent à la fois l’expérience d’autonomie offerte à leur enfant et le temps de répit que représente le séjour pour la famille, notamment pour être davantage disponible pour les autres enfants.

Une méthode appelée à essaimer

Au-delà du séjour d’équithérapie, l’expérimentation a déjà transformé les pratiques des Francas de Haute-Saône. Dossier d’intégration, préparation individualisée, échanges avec les familles et les professionnels, adaptation du rythme et des activités : les outils développés pour les enfants avec TSA peuvent désormais être mobilisés plus largement dans les autres séjours.

« La poursuite du dispositif dépendra naturellement des financements que nous parviendrons à mobiliser. Mais l’expérimentation a déjà produit des résultats durables », estime Frédéric Duhamel. Pour lui, l’intérêt du projet réside aussi dans sa capacité à être adapté à d’autres territoires. « Ce qui est reproductible n’est pas nécessairement le séjour à l’identique, mais surtout la méthode de construction du projet. » conclut-il.

Une démarche qui déplace ainsi la question de l’inclusion : il ne s’agit plus seulement de savoir comment faire entrer un enfant dans un séjour existant, mais de repenser collectivement les conditions qui lui permettront d’y participer pleinement.