Europe : la pauvreté n’a pas le même visage partout, l’école non plus
Un Européen sur cinq est exposé à la pauvreté ou à l’exclusion sociale. Derrière cette moyenne, les écarts entre États sont considérables. Même contraste à l’école : si l’origine sociale pèse sur la réussite partout, certains pays parviennent mieux que d’autres à limiter soninfluence. Tour d’Europe des fractures et des leviers.
Une Europe à plusieurs vitesses
92,7 millions de personnes : c’est le nombre d’Européens exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2025, soit 20,9 % de la population de l’Union européenne. Mais la moyenne masque des réalités très éloignées. La Bulgarie (29 %), la Grèce (27,5 %) et la Roumanie (27,4 %) figurent parmi les plus touchées. À l’inverse, les Pays-Bas, la Slovénie, la Pologne et la Tchéquie restent sous les 16 %.
Les enfants sont particulièrement exposés : 22,1 % des personnes vivant dans un ménage avec enfants sont concernées, avec des écarts entre l’Espagne (29,9 %), la Roumanie (29,4 %) et la Bulgarie (29,1 %), et la Slovénie (10,4 %) ou les Pays-Bas (11,7 %). « La pauvreté ne résulte jamais d’un seul facteur », rappelle Roxana Minzatu, vice-présidente de la Commission européenne chargée notamment des droits sociaux. Emploi précaire, coût du logement et de l’énergie, faible intensité de travail, accès aux services : les vulnérabilités se cumulent.
Les fractures se jouent aussi dans le lieu de vie. Zones rurales isolées et territoires urbains ségrégués cumulent difficultés d’accès aux services et précarité. Les politiques sociales réduisent les écarts, mais leur efficacité varie fortement d’un État à l’autre.

© Commission européenne
Des choix politiques qui font la différence
Pourquoi ces écarts ? Pas simplement parce que certains pays sont plus riches. « Ce n’est pas le niveau de pauvreté qui va expliquer la performance », insiste Éric Charbonnier. Les choix de politiques publiques comptent : formation des enseignants, soutien précoce, conseillers d’orientation, articulation avec le monde professionnel, financement des études ou mixité sociale.
Les modèles nordiques misent notamment sur la gratuité de l’enseignement supérieur et les aides aux étudiants. L’Allemagne, la Suisse ou les Pays-Bas ont davantage valorisé la voie professionnelle, en lien avec l’emploi. La comparaison européenne ne dessine donc pas un modèle unique, mais des marges de manœuvre.
L’Union européenne s’est fixé un objectif : réduire de 15 millions, par rapport à 2019, le nombre de personnes exposées à la pauvreté ou à l’exclusion sociale d’ici 2030, dont cinq millions d’enfants. Pour l’heure, seuls 3,5 millions ont été sortis de cette situation.
L’Europe veut aussi agir sur les causes : renforcer la Garantie pour l’enfance, lutter contre le mal-logement, soutenir l’emploi et améliorer l’accès aux services essentiels. « Nous devons accélérer nos efforts », reconnaît Roxana Minzatu. Parmi ses leviers, elle dispose du Fonds social européen+ (FSE+), qui finance l’éducation, l’insertion, les compétences et la lutte contre la pauvreté. « En France, 6,7 milliards d’euros sont mobilisés sur 2021-2027. C’est un des rôles de l’Union européenne, qui agit en appui aux États membres », rappelle la vice-présidente.
Les écarts entre pays montrent une chose : les inégalités ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix collectifs. Reste à transformer les objectifs européens en politiques suffisamment ambitieuses pour que l’origine sociale et le territoire cessent de peser aussi lourdement sur les trajectoires des enfants.
