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Au collège, déconstruire les préjugés pour changer les regards

Article – 16 septembre 2026
Temps de lecture :
6 min.

En Ariège, l’association départementale des Francas accompagne depuis 2024 des collégien·nes pour déconstruire racisme, discriminations et préjugés. Construit avec une diversité d’actrices et d’acteurs éducatifs (enseignant·es, animateur·rices, expert·es), le parcours mêle débats, jeux de rôle, philosophie et éducation aux médias. Une démarche qui s’adapte aux réalités des jeunes, essaime et se réinvente aujourd’hui dans d’autres structures.

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Partir de ce que vivent les jeunes

Déconstruire les préjugés : l’objectif est inscrit dans le projet associatif des Francas de l’Ariège, qui travaillent depuis six ans sur l’interculturalité, les inégalités et les discriminations. En 2024, le collège ariégeois du Mont Valier les sollicite face à une situation devenue préoccupante : propos racistes assumés, insultes, messages nazis et croix gammées apparaissent dans l’établissement.

Déjà en lien avec le documentaliste, l’association départementale dispose d’un point d’entrée pour construire un parcours avec l’équipe enseignante. Antoine, animateur départemental, élabore huit séances mêlant réflexion philosophique- via la démarche Graines de philo-, histoire, sociologie et éducation aux médias.

Comprendre, expérimenter, vérifier

Jeux autour des différences et des points communs, débats, questionnement sur la construction du racisme : les outils sont participatifs et invitent les élèves à interroger leurs propres représentations. Le parcours revient également sur l’histoire des migrations, des métissages et des échanges culturels.

La collaboration avec Odette Zézé Niang, auteure et formatrice spécialisée notamment dans les politiques de genre, l’enfance et la jeunesse, enrichit cette démarche. L’association départementale des Francas de l’Ariège travaille avec elle depuis 2020 sur les questions interculturelles. Ensemble, ils ont notamment conçu un jeu de rôle autour de l’exil et de l’exclusion.

L’objectif : faire ressentir plutôt que simplement expliquer. « Travailler avec Odette a permis de créer ce jeu de rôle qui permet de se mettre à la place de l’autre et de travailler cette question du vécu de la personne migrante », raconte Stéphanie Bureau, coordinatrice départementale des Francas de l’Ariège.

Le parcours invite aussi les jeunes à regarder leur propre histoire familiale. Certain·es découvrent que leurs ancêtres ont migré d’Espagne, d’Italie, du Portugal ou d’Algérie, notamment pour travailler dans les mines ariégeoises. Une façon de déplacer le regard.

Les dernières séances passent par l’éducation aux médias et à l’information : les élèves identifient des idées reçues, recherchent leur origine et confrontent les sources. En 2024, leur travail aboutit à une exposition présentée au collège puis dans un centre social.

Une expertise qui s’adapte aux réalités du terrain

La première année, le parcours touche des 4e du collège du Mont Valier, soit environ 110 élèves. Reconduit en 2025 auprès des 4e et 3e SEGPA du même établissement, il évolue avec les constats de terrain : les propos homophobes apparaissent alors plus prégnants que les propos racistes. Antoine réoriente donc certaines séances vers les stéréotypes de genre et l’orientation sexuelle.

Cette capacité d’adaptation constitue l’une des forces du projet. « Le collège nous rappelle pour qu’on revienne l’année suivante, car ils constatent que le parcours proposé a été utile, qu’il a ouvert des espaces de discussion et a amené des questionnements chez les élèves », souligne Stéphanie Bureau.

Le bilan reste toutefois contrasté. L’association départementale des Francas de l’Ariège souhaitait prolonger le travail avec les enseignant·es d’Histoire et d’éducation civique et permettre la réutilisation de l’exposition et des outils. Si le documentaliste s’est fortement impliqué, l’ensemble de l’équipe pédagogique ne s’est pas saisi de la dynamique amorcée. Depuis 2025, c’est principalement l’équipe éducative des SEGPA qui assure la continuité.

Trouver la porte d’entrée

Cette difficulté révèle un enjeu plus large pour les Francas de l’Ariège : faire valoir leur complémentarité à l’école publique et entrer dans les établissements scolaires. « Il faut avoir un pied dans la porte grâce à quelqu’un, sinon il est très difficile d’y accéder », constate Stéphanie Bureau.

En Ariège, le réseau local joue donc un rôle essentiel : une rencontre avec un documentaliste, une enseignante ou un acteur éducatif peut permettre d’installer durablement un projet.

En 2026, la démarche de lutte contre les discriminations et de travail sur les stéréotypes se poursuit à travers un autre prisme : valoriser et entendre toutes les voix des jeunes ariégeois·es.

À travers le projet radio « Ariège GenZ » et une démarche ascendante, partant des envies, des centres d’intérêt et des paroles des jeunes, l’association départementale ouvre de nouveaux espaces pour que les publics conscientisent leur diversité et se confrontent à leurs idées reçues.

Ce travail est engagé avec plusieurs établissements ariégeois, collèges et lycées, où les Francas de l’Ariège interviendront cette fois avec des formats adaptés aux temps périscolaires.

Après six années de travail sur les discriminations, l’association départementale des Francas de l’Ariège dispose aujourd’hui d’une palette d’outils réutilisables. Une expertise qui permet de partir des réalités vécues par les jeunes, de faire évoluer les outils en fonction de leurs besoins et surtout de créer des espaces où les préjugés peuvent enfin être mis en discussion.