Entre mémoire et interculturalité, les Francas et le Volksbund font de l’échange un levier de paix

Article – 15 juillet 2026
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Chaque été en juillet, 24 adolescents âgés de 12 à 16 ans, français et allemands, participent à un séjour pas comme les autres. Ce programme d’échange interculturel repose sur un partenariat entre l’association départementale des Francas du Nord à Lille et le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, soutenu par l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ).

Pop’éduc

Né en 2019 dans le cadre de la Route NN, réseau visant à renforcer les coopérations entre les Hauts-de-France et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie autour des échanges de jeunes et de professionnels, le séjour s’est progressivement structuré autour d’un axe central : la construction de la paix par l’expérience vécue. Entre 2014 et 2018, différentes expérimentations avaient été menées entre les Francas du Nord et le Volksbund auprès de jeunes de 16 à 25 ans.

Un séjour fondé sur la rencontre et la mémoire

Le séjour alterne une semaine en France et une semaine en Allemagne, à proximité de lieux de mémoire des Première et Seconde Guerres mondiales. Ces espaces servent de supports pédagogiques pour interroger l’histoire et ses prolongements contemporains.

Visites, débats philosophiques, activités artistiques, animations linguistiques quotidiennes et temps de loisirs composent un programme co-construit avec les adolescents en amont du séjour qui articule réflexion et vie collective.

 


Mais le projet a évolué : initialement centré sur les contenus historiques, il a intégré davantage de temps informels et de liberté pour les jeunes. « Il fallait laisser plus de place à la rencontre elle-même », souligne Soufiene Saadaoui, directeur du séjour. Car c’est dans le quotidien partagé que se construit la relation à l’autre.

Pour lui, ce type de projet permet aussi de répondre à des questionnements très actuels des jeunes sur les conflits en cours, dans un contexte marqué par les tensions et les replis identitaires. En créant du lien, il s’agit de déconstruire les représentations.

Une expérience structurante pour les jeunes

Le séjour concerne une part importante d’adolescents issus de quartiers prioritaires. Pour beaucoup, il s’agit d’une première expérience de mobilité internationale, parfois loin du cadre familial et d’un environnement peu propice à l’ouverture interculturelle.

Avant le départ, les équipes observent des freins : appréhension de la séparation, manque de confiance, peur de l’inconnu et préjugés de l’autre. Le séjour agit alors comme un révélateur. En quelques jours, la coopération quotidienne, les activités partagées et la vie de groupe permettent de dépasser les barrières initiales.

Quand la coopération déconstruit les préjugés

L’encadrement franco-allemand, assuré par quatre animateurs formés BAFA-Juleica, favorise une médiation constante entre les deux cultures. Ce cadre sécurisant permet aux représentations d’évoluer rapidement : les stéréotypes laissent place à la curiosité et à la compréhension mutuelle.

Certains jeunes reviennent plusieurs années de suite, signe d’un attachement fort à cette expérience. D’autres, en difficulté avec l’altérité, évoluent au fil du séjour.

Par exemple, un adolescent allemand, formaté aux idées extrêmes et qui s’intéressait à Anders Breivik (ndlr : un militant d’extrême droite qui le 22 juillet 2011 commet deux attentats en Norvège : une voiture piégée à Oslo puis une fusillade sur l’île d’Utoya lors d’un rassemblement de jeunes travaillistes.), était d’abord fermé au dialogue, puis s’est progressivement ouvert au contact du groupe. Cette expérience montre combien le collectif peut déconstruire des représentations erronées issues de discours extérieurs.

Un partenariat éducatif pérenne

Ce projet a aussi consolidé le partenariat entre les Francas et le Volksbund, dans une logique de coopération et de réciprocité pérennes au service de l’éducation et de la mémoire.

Pour les Francas, la valeur ajoutée réside dans l’expérience vécue : « La paix, ce n’est pas qu’entre deux nations : elle commence entre individus. Quand les gens se sentent bien ensemble, ils n’ont aucune raison de faire la guerre. » souligne le directeur du séjour. Les visites historiques permettent de montrer les conséquences des conflits, mais surtout de donner du sens à ce que signifie vivre ensemble aujourd’hui, car selon Soufiene, « bien qu’ils ne vivent pas la guerre, les jeunes deviennent plus sensibles à ces questions avec les médias. ».

Au fil des éditions, ce séjour franco-allemand s’impose ainsi comme un espace où la paix n’est plus seulement une notion historique, géopolitique ou conceptuelle : elle se construit dans la rencontre et les interactions quotidiennes.