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Europe : la pauvreté n’a pas le même visage partout, l’école non plus

Article – 13 octobre 2026
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5 min.

Un Européen sur cinq est exposé à la pauvreté ou à l’exclusion sociale. Derrière cette moyenne, les écarts entre États sont considérables. Même contraste à l’école : si l’origine sociale pèse sur la réussite partout, certains pays parviennent mieux que d’autres à limiter soninfluence. Tour d’Europe des fractures et des leviers.

Pop’éduc

Une Europe à plusieurs vitesses

92,7 millions de personnes : c’est le nombre d’Européens exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2025, soit 20,9 % de la population de l’Union européenne. Mais la moyenne masque des réalités très éloignées. La Bulgarie (29 %), la Grèce (27,5 %) et la Roumanie (27,4 %) figurent parmi les plus touchées. À l’inverse, les Pays-Bas, la Slovénie, la Pologne et la Tchéquie restent sous les 16 %.

Les enfants sont particulièrement exposés : 22,1 % des personnes vivant dans un ménage avec enfants sont concernées, avec des écarts entre l’Espagne (29,9 %), la Roumanie (29,4 %) et la Bulgarie (29,1 %), et la Slovénie (10,4 %) ou les Pays-Bas (11,7 %). « La pauvreté ne résulte jamais d’un seul facteur », rappelle Roxana Minzatu, vice-présidente de la Commission européenne chargée notamment des droits sociaux. Emploi précaire, coût du logement et de l’énergie, faible intensité de travail, accès aux services : les vulnérabilités se cumulent.

Les fractures se jouent aussi dans le lieu de vie. Zones rurales isolées et territoires urbains ségrégués cumulent difficultés d’accès aux services et précarité. Les politiques sociales réduisent les écarts, mais leur efficacité varie fortement d’un État à l’autre.

 

Roxana Minzatu avec des jeunes femmes

© Commission européenne

Quand l’origine sociale franchit la porte de l’école

L’école pourrait-elle inverser la tendance ? Pas suffisamment, partout. Les résultats de PISA 2025 montrent que l’origine sociale reste fortement liée à la réussite scolaire. Dans les pays de l’OCDE, 37 % des élèves défavorisés n’atteignent pas le niveau 2 en sciences, contre 12 % des élèves favorisés. Pourtant, certaines trajectoires montrent que le déterminisme social n’est pas une fatalité : 12 % des élèves défavorisés parviennent à figurer parmi les 25 % les plus performants de leur pays en sciences. Ils sont 11 % en France, contre 13 % en Finlande et 14 % en Irlande. En Roumanie, ils ne sont que 7 %. « La grande faiblesse du système éducatif français, ce ne sont pas forcément ses performances en elles-mêmes, mais les inégalités que l’on trouve du plus jeune âge », note Éric Charbonnier, analyste à la Direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE.

En France, l’écart se construit avant même l’école : environ un enfant de moins de deux ans sur trois issus des familles les plus pauvres fréquente une crèche, contre 85 % des enfants des familles les plus riches. Puis les mécanismes s’empilent : orientation fondée sur les notes, information inégalement accessible, ségrégation des établissements et difficultés à attirer des enseignants dans les territoires défavorisés.

Au moment de Parcoursup comme pour trouver un stage, « les parents les mieux informés » disposent souvent d’un avantage décisif, constate Éric Charbonnier. La France n’est pourtant pas une exception. Allemagne et pays d’Europe de l’Est connaissent eux aussi de fortes inégalités éducatives. Mais certains systèmes parviennent mieux à les contenir.

Au Portugal, dans les écoles élémentaires défavorisées, enseignants, acteurs sociaux, municipalités et éducateurs spécialisés ont travaillé ensemble. En Irlande, une forte « culture de l’établissement » permet aux équipes de construire collectivement des stratégies contre les inégalités.

Des choix politiques qui font la différence

Pourquoi ces écarts ? Pas simplement parce que certains pays sont plus riches. « Ce n’est pas le niveau de pauvreté qui va expliquer la performance », insiste Éric Charbonnier. Les choix de politiques publiques comptent : formation des enseignants, soutien précoce, conseillers d’orientation, articulation avec le monde professionnel, financement des études ou mixité sociale.

Les modèles nordiques misent notamment sur la gratuité de l’enseignement supérieur et les aides aux étudiants. L’Allemagne, la Suisse ou les Pays-Bas ont davantage valorisé la voie professionnelle, en lien avec l’emploi. La comparaison européenne ne dessine donc pas un modèle unique, mais des marges de manœuvre.

L’Union européenne s’est fixé un objectif : réduire de 15 millions, par rapport à 2019, le nombre de personnes exposées à la pauvreté ou à l’exclusion sociale d’ici 2030, dont cinq millions d’enfants. Pour l’heure, seuls 3,5 millions ont été sortis de cette situation.

L’Europe veut aussi agir sur les causes : renforcer la Garantie pour l’enfance, lutter contre le mal-logement, soutenir l’emploi et améliorer l’accès aux services essentiels. « Nous devons accélérer nos efforts », reconnaît Roxana Minzatu. Parmi ses leviers, elle dispose du Fonds social européen+ (FSE+), qui finance l’éducation, l’insertion, les compétences et la lutte contre la pauvreté. « En France, 6,7 milliards d’euros sont mobilisés sur 2021-2027. C’est un des rôles de l’Union européenne, qui agit en appui aux États membres », rappelle la vice-présidente.

Les écarts entre pays montrent une chose : les inégalités ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix collectifs. Reste à transformer les objectifs européens en politiques suffisamment ambitieuses pour que l’origine sociale et le territoire cessent de peser aussi lourdement sur les trajectoires des enfants.