OZ Festival : quand la culture crée du lien dans un quartier prioritaire
À Carcassonne, le quartier d’Ozanam accueille depuis 2024 un festival d’arts de rue ouvert à toutes et à tous. Né d’un projet de médiation culturelle porté avec le bailleur social ALOGEA, l’OZ Festival réunit habitant·es, structures du quartier, associations et artistes autour d’une journée de spectacles, d’ateliers et de rencontres. Trois éditions ont permis de renforcer les liens entre acteurs et habitant·es, tout en faisant évoluer les usages du quartier.

Un festival né d’un besoin de coordination
En 2021, le bailleur social ALOGEA sollicite les Francas de l’Aude pour développer un projet de médiation culturelle dans le quartier prioritaire d’Ozanam, à Carcassonne, où il est le seul bailleur social présent sur le secteur.
Le diagnostic réalisé à l’époque avait notamment fait apparaître un besoin de renforcer les relations entre les acteurs qui intervenaient déjà dans le quartier. Plusieurs structures interviennent auprès des habitants, mais travaillent peu ensemble et ne coordonnent pas toujours leurs calendriers. Certaines actions peuvent ainsi être programmées simultanément, au risque de se concurrencer sans le savoir, limitant leur fréquentation. L’enjeu était donc autant de développer la médiation culturelle que de mettre en réseau les acteurs du quartier et de mieux coordonner leurs interventions.
Les Francas de l’Aude sont alors chargés de contribuer à cette mise en réseau. L’association départementale élabore alors un projet de médiation culturelle sur trois ans, avec ALOGEA. Pour le financer, l’association répond à un appel du Fonds d’innovation sociale, alimenté par les contributions des bailleurs sociaux et destiné à soutenir des projets dans les territoires où ils sont implantés.
La candidature doit répondre à un cahier des charges précis, faire l’objet de plusieurs échanges avec les équipes du fonds, puis être présentée devant un jury. Le projet est retenu pour trois années.
Cette période permet progressivement de créer des liens avec les habitants, notamment les jeunes, mais aussi de faire travailler ensemble les structures du quartier. Le réseau mobilise notamment le centre social de la Roseraie, Couleur Citoyenne, l’association One-One, la Régie de quartiers qui dispose de médiateurs de rue, et l’association ABP (Accompagner Bâtir Prévenir), composée d’éducateurs spécialisés. D’autres partenaires rejoignent la démarche au fil des projets.
Au terme de ces trois années, la médiatrice culturelle Nina Lafon propose de donner une forme visible à cette dynamique collective : un festival d’arts de rue au cœur du quartier. L’OZ Festival voit le jour en mai 2024, avec l’ambition de faire du quartier un lieu de rendez-vous culturel, ouvert à ses habitants comme aux publics venus d’ailleurs.
Une journée de spectacles au cœur du quartier
Le principe est simple : investir les différents espaces d’Ozanam pour y proposer, pendant une après-midi et une soirée, une programmation culturelle gratuite et accessible à tous et à toutes. De 14h à 23h, les spectacles se succèdent dans différents lieux du quartier.
Chaque édition mêle plusieurs disciplines : cirque, marionnettes, skateboard, rap, fanfare ou encore beatbox. En parallèle, les partenaires proposent des ateliers gratuits et des activités. Les Petits Débrouillards ont ainsi animé des ateliers scientifiques ; le centre social a organisé des jeux de société ; une bibliothèque a proposé des albums jeunesse et des ateliers de customisation.
Les adolescent·es du quartier participent également à l’organisation avec, selon les années, une buvette, une vente de crêpes ou de barbes à papa. La journée se termine par un temps festif : concert en 2024 et 2025, puis projection de cinéma en 2026.
Le festival ne s’adresse pas uniquement aux habitant·es d’Ozanam. L’un de ses objectifs est justement de faire venir dans le quartier des publics qui n’y viennent pas habituellement, tout en permettant aux habitant·es d’accéder à différentes formes artistiques à proximité de chez eux. Les deux premières éditions ont réuni environ 300 personnes ; la fréquentation de 2026 a été estimée à 150 personnes.
Les habitants deviennent acteurs
Au fil des éditions, le festival semble aussi avoir changé la place de certain·es habitant·es dans le projet. En 2026, des jeunes du quartier ont ainsi participé bénévolement à la tenue de la buvette et au service du soir. Pour Laëtitia Baychère, directrice associative des Francas de l’Aude, « cette implication constitue un changement par rapport aux premières éditions, où les jeunes venaient davantage comme spectateurs ».
Le festival devient également un espace de transmission et d’expression. En 2026, les droits de l’enfant ont constitué le fil rouge de l’édition. Durant toute la semaine précédant le festival, un travail a été mené dans une école du quartier autour de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). Avec l’aide d’un artiste, les enfants ont réalisé des pancartes et imaginé des slogans pour préparer une manifestation. Leurs productions ont ensuite été exposées pendant le festival.
Cette participation progressive contribue à installer l’événement dans la vie du quartier. Certains jeunes identifient désormais les Francas de l’Aude comme un interlocuteur vers lequel se tourner pour construire un projet.
Faire ensemble, au-delà du festival
L’un des principaux effets observés concerne toutefois les relations entre les acteurs. Des structures qui n’intervenaient pas auparavant à Ozanam sont venues participer au festival et ont ensuite développé des actions dans le quartier. Des collaborations se sont également poursuivies en dehors de ce dernier.
Le festival a ainsi servi de point d’appui à la construction de nouveaux projets. Les Francas de l’Aude ont notamment renforcé leur travail avec les Petits Débrouillards, jusqu’à envisager en 2026 un projet commun autour d’un répertoire de formations.
Cette dynamique rejoint la fonction initialement confiée aux Francas : coordonner plutôt que simplement organiser. Leur rôle consiste à mettre autour de la table des acteurs aux pratiques différentes, construire un projet commun, articuler les interventions et donner un cadre permettant à chacun de trouver sa place. Le festival constitue ici un outil concret pour faire vivre cette coopération.
Et après l’OZ Festival ?
La troisième édition, en 2026, marque la fin du cycle initial. Il n’y aura pas de quatrième édition en 2027 sous sa forme actuelle, notamment dans un contexte de baisse des financements consacrés aux projets de médiation culturelle.
Cette pause doit aussi permettre de réfléchir à la suite : maintenir le festival à Ozanam, l’adapter, voire imaginer un format différent, comme un festival radio qui pourrait investir d’autres espaces de Carcassonne.
Parallèlement, un autre projet se dessine dans le quartier. Une ancienne église, désormais propriété d’ALOGEA et inutilisée, pourrait être transformée en salle de spectacle et en espace de médiation culturelle. L’objectif serait d’y accueillir des ateliers, des spectacles et une programmation susceptible d’attirer des habitants du quartier mais aussi des publics extérieurs.
Le projet reste à construire et dépend notamment des démarches nécessaires à la désacralisation du bâtiment et de la recherche de financements. Mais il prolonge une même ambition : faire de la culture un moyen de créer des rencontres, de favoriser les coopérations et de changer le regard porté sur un quartier prioritaire.