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À Villers-Cotterêts, du patrimoine au livre, un parcours pour créer et expérimenter

Article – 29 septembre 2026
Temps de lecture :
7 min.

À la Cité internationale de la langue française, les Francas de l’Aisne, le Centre des Monuments Nationaux et le collectif artistique Astérisque proposent aux enfants une découverte du patrimoine qui mêle histoire du livre, création artistique et pratiques manuelles. Une action qui pourrait être reconduite dès les prochaines vacances scolaires.

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© Cité internationale de la langue française

Trois partenaires pour faire entrer les enfants dans le patrimoine

Au cœur de Villers-Cotterêts, l’ancien château royal construit sous François Ier abrite depuis 2023 la Cité internationale de la langue française. C’est dans ce cadre patrimonial que les Francas de l’Aisne développent depuis deux ans un partenariat avec le Centre des Monuments Nationaux (CMN), à travers le dispositif « C’est Mon Patrimoine » la première année, puis « C’est Mon Monument » la seconde année.

Le principe : proposer aux enfants, aux adolescents et aux familles, notamment issus de quartiers prioritaires, une découverte du patrimoine accompagnée d’une offre culturelle et artistique adaptée. Pour construire un projet labellisé, trois acteurs doivent être réunis : le monument partenaire, un partenaire artistique et un partenaire social.

La Cité internationale de la langue française représente le premier volet. Les Francas de l’Aisne assurent le lien avec les publics et portent le projet éducatif, tandis que le collectif Astérisque, porté par l’artiste Elena Gontcharova, intervient sur le volet artistique.

Du patrimoine à la création d’un livre

L’édition 2026 s’est construite autour d’un fil rouge : les animaux imaginaires. Un choix directement lié à l’environnement du château, situé à proximité de la forêt de Retz, labellisée Forêt d’Exception, mais aussi aux contenus présentés par la Cité internationale de la langue française.

Le matin, les enfants découvrent le parcours permanent de la Cité lors d’une visite guidée et animée par une médiatrice culturelle. Celle-ci adapte son intervention au projet construit avec les Francas et le partenaire artistique. La visite permet notamment d’aborder l’histoire de la langue française, de l’écriture et du livre.

Les participants découvrent également l’exposition temporaire « La Bibliomule de Cordoue », consacrée à l’histoire du livre. La bande dessinée évoque notamment un ouvrage de zoologie présentant plus de 350 animaux par le savant Al-Jahiz. Ces différents contenus servent de point de départ aux activités de l’après-midi.

Le parcours créatif est conçu pour prolonger la visite plutôt que pour proposer une activité indépendante. Les enfants commencent par fabriquer leur propre papier à partir de papiers recyclés et de pulpes végétales. Ils imaginent ensuite des animaux hybrides à partir de matrices en linoléum et les impriment sur leurs feuilles.

 

 

Vient ensuite le temps de l’écriture. À partir des caractéristiques de leur animal imaginaire, les enfants expérimentent le travail des moines copistes avec des calames, des plumes et des encriers. Ils découvrent ensuite le principe de l’imprimerie de Gutenberg et réalisent des impressions avec une presse typographique.

Dernière étape : la mise en page et la reliure. Chaque enfant compose et assemble son propre carnet, avant de le relier selon une technique japonaise. Au terme de la journée, chacun repart avec un livre artisanal présentant le nouvel habitant imaginaire de la forêt de Retz.

Une médiation pensée pour des publics éloignés du livre

Pour Ludivine Tassin, référente du projet départemental « Voyage dans les livres ! Prévenir de l’illettrisme » des Francas de l’Aisne, le choix de la Cité internationale de la langue française répond à l’enjeu éducatif de « permettre à des enfants et à des familles qui ne fréquentent pas spontanément les lieux culturels de se les approprier ».

Dans l’Aisne, où les taux d’illettrisme figurent parmi les plus élevés de France, elle souligne les difficultés que peuvent rencontrer certaines familles dans leur rapport au livre et aux équipements culturels. « L’idée, c’est de les emmener dans un endroit qu’ils ne pensent pas pour eux, mais avec une offre totalement adaptée », explique-t-elle.

Le dispositif répond également à une contrainte très concrète pour les centres de loisirs : le coût. En juillet 2026, les cinq ateliers organisés ont été complets. Ils ont réuni 60 enfants et 10 adultes sur cinq jours. Grâce au financement de « C’est Mon Monument », les journées étaient totalement prises en charge par le dispositif, et les centres de loisirs n’avaient à leur frais que le coût du transport.

Les Francas, un rôle d’interface entre les publics et le patrimoine

Le projet est issu de « Voyage dans les livres ! Prévenir de l’illettrisme », créé par les Francas de l’Aisne en 2021 pour leurs propres centres de loisirs. Il a progressivement dépassé ce cadre initial, jusqu’à permettre à l’association départementale de rencontrer les équipes du CMN et de la Cité internationale.

Cette expertise des Francas dans le champ de l’animation et de l’éducation populaire constitue un apport essentiel au partenariat. L’association connaît les publics des centres de loisirs, leurs besoins et leurs contraintes, et peut traduire les contenus patrimoniaux en propositions adaptées aux enfants.

Cette connaissance permet également d’identifier des périodes pertinentes pour renouveler l’offre.Une nouvelle édition est ainsi envisagée pendant les vacances d’hiver, période durant laquelle les activités en intérieur sont particulièrement recherchées par les accueils de loisirs du département.

Le partenariat nourrit par ailleurs les compétences de chacun. Les médiatrices de la Cité internationale ont notamment été formées à la linogravure à la suite du projet précédent. Le collectif Astérisque doit également accompagner la Cité dans la formation de ses équipes à d’autres techniques, comme l’imprimerie.

Une action qui dépasse le cadre du dispositif « C’est Mon Monument »

L’un des effets du partenariat est justement de ne pas limiter les bénéfices du projet aux enfants accueillis dans le cadre de « C’est Mon Monument ». Les visites et les activités conçues spécifiquement pour le dispositif peuvent ensuite intégrer le catalogue général de la Cité internationale de la langue française.

Le projet contribue ainsi à enrichir durablement l’offre culturelle du monument, tandis que les Francas renforcent leur relation avec la Cité internationale et facilitent l’accès de leurs centres de loisirs à ses propositions. La fréquentation des centres de loisirs à la Cité a d’ailleurs augmenté, au-delà des seules actions menées dans le cadre de « C’est Mon Monument ».

Poursuivre et renouveler le partenariat

Les trois partenaires souhaitent poursuivre leur collaboration. Une réunion de travail est prévue fin septembre pour préparer une nouvelle proposition, avec l’objectif de développer une offre pendant les vacances d’hiver.

Un nouveau projet « C’est Mon Monument » est également envisagé pour 2027, avec les mêmes partenaires mais autour d’un contenu différent.

En parallèle, les liens construits avec la Cité internationale se prolongent dans d’autres actions : une formation « Vivre Livre » organisée en décembre dans ses locaux, ainsi que des formations portées dans le cadre des Plans Mercredis du Service Départemental à la Jeunesse, à l’Engagement et aux Sports (SDJES) de l’Aisne.

Au-delà des cinq journées de juillet, le projet montre ainsi comment un partenariat entre une association d’éducation populaire, un établissement patrimonial et un acteur artistique peut produire des effets durables : rendre le patrimoine plus accessible aux enfants, développer les compétences des professionnels et faire évoluer l’offre culturelle d’un lieu pour toucher de nouveaux publics.